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Pour ceux qui ne connaissent pas encore, un “munch” est une rencontre entre personnes vivant le BDSM ou simplement intéressées ou curieuses. Juste pour prendre un verre et discuter, pas de jeux prévus (en tout cas pas sur place !)

Prochain munch mardi 6 mars 2012
Tous les détails ici.

M.C. Escher – Un autre monde (1947)

Sûr, Sain, Consensuel, certes.

Avoir toujours présent à l’esprit l’intention d’accompagner l’autre vers quelque chose qui l’aide à grandir, grandir soi-même, ne pas encourager ce qui détruit même si c’est cela qui est demandé, certes.

Mais ne pas entrer pour autant dans une version pasteurisée où le jeu n’est qu’amusement, la douleur une caresse continuée par d’autres moyens, les épreuves de romantiques surprises.

Le doute, la rage, le rejet, la difficulté d’obéir ou de subir, la colère, le ressentiment, l’inquiétude d’oublier l’autre pour l’accomplissement de la scène projetée et de se retrouver monstre possédé par les démons qu’on a voulu chevaucher : autant de contradictions sans lesquelles le jeu n’est justement qu’un jeu.

Le plaisir dans la douleur, l’estime de soi dans l’humiliation, la liberté dans l’esclavage, le respect dans la cruauté, ne sont-ce pas autant d’oxymores ?

Si on en élimine contradictions et paradoxes, que reste-t-il du SM ?

Si le SM n’est pas la mise en œuvre de fantasmes insoutenables en quoi se distingue-t-il d’une sexualité classique à laquelle ne sont pas interdites les rêveries les plus extravagantes tant qu’elles restent sagement dans leur tiroir étiqueté “Fantasmes” ?

Opéra Fetish

(C) Théâtre Royal de la Monnaie, Bruxelles

 Il y a quelques mois, le Théâtre Royal de la Monnaie présentait une splendide version du Parsifal de Wagner mise en scène par Romeo Castellucci, où le magicien Klingsor suspendait une demi-douzaine de gracieuses filles-fleurs avec des figures élaborées de shibari chorégraphiées par l’artiste berlinoise Dasniya Sommer.

En ce moment, ce sont “Les huguenots” de Meyerbeer, opéra à grand spectacle qu’on a comparé à Ben Hur ou aux films de Spielberg.

Et je dois dire qu’entre les chœurs enflammés, les immenses décors couverts de plaques de laiton flamboyantes qui se transformaient comme par magie, les performances vocales d’une virtuosité confondante (c’est là qu’on se rend compte qu’un chanteur lyrique c’est tout à fait comparable à un sportif de haut niveau, même quand il n’est pas en train de chanter à moitié allongé dans une piscine, sa partenaire à la robe trempée collée à son corps) je n’ai pas été déçu.

Mais si c’est ici que je vous en parle c’est que dans la mise en scène d’Olivier Py pour cette œuvre de la grande période romantique, outre un seigneur de Retz, figure de l’extermination, revêtu d’un masque opaque et d’une armure dorée à la feuille,  croisement entre C3PO et Terminator, il y avait sur scène :

  • une scène d’orgie homosexuelle entre des gentilshommes chaussés de bottes de cavalerie,
  • trois danseuses nues à la plastique si parfaite qu’on aurait dit des créatures de latex, qu’on retrouvait un peu plus tard la tête cagoulée d’argent et habillées de multiples jupons diaphanes,
  • un page voyeur aux manières de ludion vif-argent, rôle chanté par une femme travestie, conduisant au moyen de la longue corde de chanvre qui  ligote le ténor aux yeux bandés à la reine Marguerite de Navarre, laquelle un peu plus tard tiendra en laisse trois hommes menottés au moyen de semblables cordes de chanvre,
  • un rôle muet, homme en pantalon de cuir, torse nu et cagoule de cuir tête de chien
  • un couple de danseurs aux bois de cerf copulant à la façon des “furries“,
    Deerbsession – (C) www.sofurry.com
  • et ce qu’il faut de cornettes et de crucifix pour une histoire qui se passe au moment de la Saint-Barthélémy.

À venir pour la saison prochaine : l’Œdipe d’Enesco, histoire d’inceste, d’énigmes, de chimères et de destin sanglant dont je ne doute pas que la mise en scène par le groupe “La  fura dels Baus” à qui on doit déjà une version assez déjantée ” du “Grand Macabre” de Ligeti voici deux ans sera à la hauteur de ce qu’ils sont capables de produire,
http://www.youtube.com/watch?v=TP3DvIjcpi0
http://www.youtube.com/watch?v=rAI_hd91lJs

et l’Orlando de Haendel, dont certains airs de haute-contre mettent une amie très chère dans un état orgasmique (réel, ce n’est pas une image).
http://www.youtube.com/watch?v=fgKTNk56VtM
http://www.youtube.com/watch?v=hoowG6KzA3U

Certains ont de l’opéra l’image d’un art ennuyeux et compassé. Si c’était le cas pour vous, est-ce que la lecture de cet article vous le fait considérer d’un autre œil ?

Et tant que nous y sommes, que dites-vous de mises en scène qui exposent ainsi un public parfois tout de même un peu sage à un univers qu’il ne viendrait pas fréquenter dans les lieux où on le rencontre habituellement ?

D’autres formes d’art jusqu’à présent “épargnées” que vous verriez bien un peu “contaminées” ?

Déjà en 1909, André Gide avec « La porte étroite » accouplait par le choix de ce titre à double sens pour ceux qui étaient un peu dans le secret de ses goûts spiritualité et sodomie.

 Mais ce qui chez Gide n’était qu’un clin d’œil reliant par provocation deux univers antithétiques devient sous la plume de Toni Bentley, ancienne danseuse classique devenue entre autres chroniqueuse littéraire au New York Times, une authentique quête de soi.

 À l’en croire il s’agirait même d’un itinéraire spirituel à part entière qui non seulement les réunit mais fait de la pénétration anale et de la soumission qu’elle est supposée impliquer l’instrument et la voie de l’éveil.

 Le premier chapitre de « Ma reddition » (“The Surrender: an Erotic Memoir”) nous introduit sans préliminaires au fond du sujet :

La sienne était la première. Dans mon cul.
Je ne sais pas sa longueur exacte mais elle était trop grosse, ça c’est sûr — juste ce qu’il fallait. (…)  

 Mon cerveau est bouleversé ensemble avec mes entrailles.
Au fur et à mesure qu’il me pénètre je relâche, millimètre par millimètre, les contractions, les tensions, la fermeté, je lâche prise.
Je suis une habituée de l’endurance physique extrême, du marathon de l’intensité inflexible. Je laisse filer mes muscles, mes tendons, ma chair, ma colère, mon égo, mes règles, mes censeurs, mes parents, mes cellules, ma vie. (…)
La voie qui traverse mes entrailles pour me conduire tout droit à Dieu est libre, elle a été dégagée.

 

Si vous laissez un homme vous enculer – et seul l’amant véritablement délicat devrait avoir ce privilège -, vous apprendrez à avoir confiance non seulement en lui mais en vous même, absolument sans contrôle.
L’humiliation est le plus grand des démons mais, quand mon œil de bronze est enfoncé, je découvre que mes craintes sont infondées.
C’est grâce à cette reddition sensuelle, ce chemin interdit, que j’ai trouvé ma voix, mon esprit, mon courage …

 Malgré la bouleversante découverte de soi que peut permettre l’insertion sans faille d’une queue décidée au plus profond de soi, la révélation que constitue le sentiment de briser les chaînes de son passé, il me manque sans doute l’expérience des retraites bouddhistes évoquées en toute fin du livre pour faire pleinement le lien entre les différentes formes d’exercice spirituel qui peuvent s’y rencontrer.

 Et puis, réduire la spiritualité à une  quête de soi totalement égocentrique me paraît un peu facile — mais même si nous voilà bien loin de ce dont il parle, le seul fait que ce livre de cul m’amène à ce genre de réflexion suffit à en montrer les multiples potentialités !

 Mais si je vous en parle aujourd’hui, c’est que ce livre est bien plus riche  que ce seul aspect.

 Contrairement à ce que laisse supposer un premier chapitre entièrement consacré à l’illumination produite par ce goupillon de chair (l’esprit souffle où il veut), ce n’est pas à deux cents pages d’un éloge de la sodomie sacralisée que nous avons affaire.

Au fil des petits chapitres très brefs, à l’humour vif à la fois fin et décapant et pas toujours très gentil pour les hommes qui n’assument pas la sincérité de leur désir d’une autobiographie sexuelle, érotique, amoureuse, émotionnelle, Toni Bentley nous convie à une véritable réflexion sur ce que nous sommes, ce que nous attendons (parfois trop) de l’autre, sur notre capacité à lui prêter vraiment attention au-delà du filtre de nos propres attentes et de nos faiblesses, sur notre capacité à prêter vraiment attention à ce qui constitue notre propre désir au-delà du filtre des attentes de l’autre (ou de celles que nous lui prêtons).

« Et quid du BDSM là-dedans ? » me demanderont les lectrices (voire les lecteurs) les plus imperméables à la transfiguration mystique. Eh bien, ils ne sont pas oubliés : entre l’exploration parallèle de ses capacités de dominatrice, l’investissement méticuleux dans les objets du rituel amoureux, de superbes pages sur la préparation du corps et de la tenue, l’attention aux chaussures vertigineuses et, un chapitre qui vaut la peine entre tous, l’éloge des collants ouverts décrits avec un luxe de détails gourmands, il y a de quoi combler —  enfin, non, le désir peut-il jamais être comblé ? — du moins largement alimenter cette part de l’imaginaire.

C’est aussi un voyage dans la libération que peut représenter une soumission sexuelle qui reste circonscrite à la rencontre charnelle sans donner lieu à quelque transposition au-delà mais qui n’en est pas moins intensément vécue.

C’est encore une exploration de la force que donne une relation amoureuse qui ne cherche pas plus à envahir le quotidien qu’elle ne se laisse envahir par lui, une invitation à reconnaître la force motrice de notre désir.

Ce n’est pas que je me sente visé, mais il y a parfois sous l’ironie convenue d’un genre de discours féminin qu’on retrouve trop souvent dans les magazines féminins ou les séries télé sur le comportement prêtés aux hommes entre sexe, sentiments et attentes relationnelles une rancœur parfois mal dissimulée.

Les souvenirs parfois exagérément dénués d’empathie des premières expériences amoureuses de Toni Bentley n’y échappent pas toujours, même si la suite du livre éclaire que c’est finalement l’insincérité à l’égard de soi-même qui est le nœud de nos défaillances.

En miroir, le ressenti d’une femme et d’une soumise face (enfin pile) à la prise de possession de son corps, au désir de l’autre, à une domination qui ne doute pas delle-même et préserve une distance qui la préserve des dérives fusionnelles a constitué pour moi une interpellation sur ce que peut être ma façon de  dominer, ramène la domination à un « être » bien plus qu’à un « faire ». 

« Ma reddition » de Tony Bentley se trouve pour environ 9 euros dans une bonne traduction publiée dans la collection La Musardine chez Jean-Jacques Pauvert.

 

(C) Bart Cloet

La masse de photos disponibles sur les pratiques sadomasochistes va de l’agressivement vulgaire à l’idéalisation, de la banalité la plus plate quant au décor à la mise en scène fetish la plus élaborée.

Pourtant, l’exposition des photos de Bart Cloet “IN PAIN” que présente en ce moment le collectif artistique “La Maîtresse du Pirate” ne ressemble à rien de ce qu’on voit habituellement en la matière.

Pas de dongeons, de tortures, de chairs tuméfiées. Pas non plus de tenues étranges ni d’accessoires symboliques. Pas même de corps exposés.

Mais l’intensité, la concentration, le plaisir, l’extase et la dévotion.

8 portraits. Pas de mise en scène si ce n’est une exposition et une colorimétrie toutes de clarté. Des visages emplis d’une expression de plaisir et de douleur, de crainte et de libération mêlées. Une nudité qui va bien au-delà de celle du corps.

Après Anvers, l’expo va se promener à Amsterdam, Nice, Paris, Berlin et Londres.

MX7 GALLERY:
IN PAIN – LA MAITRESSE DU PIRATE
(photography by Bart Cloet).

12 mai – 25 juin 2011
Du jeudi au samedi de 14:00 à 16:00 ou sur rendez-vous.

MX7 GALLERY – Marnixplaats 7 – 2000 Anvers(Belgique)

www.mx7gallery.com

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