Dans la quête de moi-même que représente l’exploration et la mise en œuvre avec l’autre de mon imaginaire érotique, la lecture de discussions sur les forums, la participation aux échanges a joué un rôle important, pas seulement par le contenu de telle ou telle discussion, mais aussi par la découverte de personnalités diverses, dont j’ai pu suivre l’évolution au fil du temps.
L’apport des échanges sur les forums tout autant que des rencontres, tout cela allant de pair, a justement été pour moi de rencontrer des gens très différents de moi de par leur milieu social, leurs préoccupations, leur expérience de vie, leur âge, etc… en partageant avec eux des choses dont on finit par oublier à quel point elles sont profondes et intimes tant en parler devient naturel. Ceci vaut pour les interlocuteurs virtuels comme pour mes soumises, ou les autres intervenants rencontrés en personne, sans compter toute cette zone grise de gens avec qui nous n’avons pas échangé directement mais qui connaissent en vrai d’autres qui nous connaissent en vrai, etc.
Au début, je me suis un peu “construit un personnage”. J’intervenais bien plus pour répondre aux questions, interrogations, doutes des autres que pour exposer les miens, ou plus exactement, je ne les exposais qu’au détour d’une réponse sur un autre sujet.
Il s’agissait un peu de séduire, mais finalement surtout d’intégrer et synthétiser ma vision de moi-même, faire quelque chose de cohérent du vécu érotique assez flamboyant depuis quelques années par rapport à ce que j’avais vécu dans les vingt années précédentes, à un moment où j’étais enfin en train de me réconcilier avec mes différentes dimensions (à un moment, un des intervenants que j’estime avait comme signature “J’aime bien l’homme que je suis devenu”).
Alors que, dans une phase antérieure, vanille, je finissais par être jaloux du personnage un peu trop idéal que j’étais sous mon pseudo de l’époque, avec Axedrez, au contraire, je me suis senti de plus en plus moi-même, plus complet, au-delà des frustrations du quotidien.
Et aujourd’hui ? Et bien cette construction est faite, du moins j’ai pu le croire… Au-delà du plaisir, je cherche toujours à donner un sens à ce que je vis, et je ne voudrais ni changer pour changer, ni que la répétition de ce que j’aime ne soit un sur-place, que le bdsm reste une source de créativité et de vitalité motrice… Beau programme, mais m’en suis-je toujours donné les moyens, ai-je su le transcrire dans les actes ? Non, bien sûr, et quand tous les possibles s’offrent, de façon exaltante, voire grisante, j’ai pu m’y perdre, j’ai failli y perdre d’autres. Du moins c’est ce que j’ai pu croire, ou qu’on a pu croire de moi.
Mais le chemin n’est jamais achevé.
Je recommence à écrire ici après plusieurs mois d’hésitation, de doutes sur le sens de ma démarche sur la validité de ce que j’ai pu dire, croire, faire, de remise en cause non pas tant de ce que j’ai dit et écrit, dont je suis presque surpris de constater à quel point je persiste à m’y retrouver, mais d’adéquation entre ce à quoi je crois et ce que je mets en œuvre : dans le rythme de la découverte de l’autre, dans l’intensité, la variété, la créativité, l’investissement, il peut à tout moment y avoir décalage, excès, retournement.
Ce que l’on vit, ce que l’on fait vivre, la manière dont on interprète ce qui se passe peuvent varier du tout au tout.
Dans cette période où plus rien de ce qui a soutenu ma démarche de vie et de sexualité des dix dernières années n’était plus assuré, les échanges, le soutien de ceux et celles qui me connaissent et qui sont restés, ou devenus plus encore des amis m’a été précieux, je les en ai remerciés, parfois pas assez, ou peut-être ne se rendent-ils pas compte à quel point ils m’ont aidé, et je voudrais le faire encore ici.
Je voudrais aussi, paradoxalement, remercier ceux qui, publiquement ou en sous-main, sincèrement, par calcul ou par projection de leurs propres peurs ont inventé une image délirante de moi-même.
Qui ont cherché à en convaincre d’autres personnes, y compris celles qui étaient les mieux placées pour savoir ce qu’il en était, et qui ont été les premières à refuser cette projection fantasmatique.
Qui m’ont par là-même amené à me demander si, en fait, ce n’étaient pas eux qui avaient plus de lucidité à propos de moi-même que je ne pouvais en avoir, et finalement aidé à trouver, petit à petit, le chemin d’un plus grand accord avec un moi-même qui n’a pas lieu de se prendre pour un vieux sage ni un psychopathe embusqué, et qui, s’il a encore du chemin à faire, doit bien pour cela reprendre la route, avec prudence mais sans crainte.
Voilà, je sais pas si c’est la bonne introduction pour cela, mais bonne année à tous !