(À partir d’un sujet lancé sur le forum S&M : «Les relations de soumission / SM comme une dimension romanesque de votre vie ? »
«Comme si réalité et fiction se mêlaient. Comme si des univers parallèles s’ouvraient… » Je me retrouve complètement là-dedans.
Sans doute pour une part parce que je ne suis parvenu que tard à vivre ce que je portais depuis toujours dans mon imaginaire, et parce que mes choix de vie font que je n’ai jamais pu vivre le bdsm que dans des parenthèses, et que ce qui les relie est encore et toujours la rêverie, celle du souvenir ou celle de l’anticipation.
Mais aussi parce que ce que je peux mettre en œuvre, imposer ou recevoir, me semble presque aussi inconcevable que lorsque ce n’étaient pour moi que d’inaccessibles fantasmes masturbatoires, que le don qu’une soumise me fait de son corps et de sa confiance me paraissent encore et toujours magiques…
En revanche, je ne veux pas voir là que le côté valorisant d’une telle idéalisation, magnification de la soumise.
Parce qu’une vision romanesque (ou artistique – j’ai aussi souvent des analogies avec la sculpture, la chorégraphie ou la musique), est plus intense, plus concentrée, et que même si “L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art”, ce qui fait sa force peut aussi être un piège : celui d’oublier les temps de relâche, de répit, d’écoute de l’autre ou d’alanguissement, celui d’être à ce point focalisé sur l’invention, sur l’effort de création, qu’on en oublie de savourer l’instant, l’intimité, le don pour eux-mêmes, et tant pis s’ils sont déjà vus, simples ou banals.
J’ai appris à me méfier des leurres que je me tends.
